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Naissance d'une passion.

J'avais à peine 4 ans, c'était donc en 1956 ou 57, lorsque mon frère ainé à ramené dans une cage aux montures en bois, deux tourterelles, l'une beige, le mâle, l'autre blanche, la femelle.

 

Je ne savais pas qu'à cette époque de ma plus tendre enfance, lors de la venue de ces deux pensionnaires, allait naitre en moi, une passion pour ces columbidés.

 

Certes, à 3 ans, je n'y prêtais pas particulièrement attention et c'est plutôt Maman qui s'en occupait. A cet age d'insouciance totale, on voit, on entend, on découvre et même si nous semblons "dans la lune", tout reste enregistré dans notre petit cerveau. 

 

La présence de ces deux tourterelles à donc été, sans que je ne m'en rende compte, le déclenchement d'une passion dévorante pendant toute ma vie, si dévorante qu'elle est même à l'origine de discordes de toutes natures, notamment avec mes proches. 

 

C'est donc vers l'age de 11 ans, environ 7 ans après l'acquisition de ces deux premières tourterelles, que j'ai commencé à m'y intéresser vraiment, sans rien y connaitre pour autant.

  
En 1962/63, Nous avons alors acquit par un voisin, un second mâle beige pour remplacer celui que j'avais eu à l'age de 4 ans mort d'asphyxie, suite à une fuite de gaz. Quant à la première femelle blanche, morte bien avant lui, nous avions dû abréger ses souffrances en l'éliminant suite à une tumeur sous le ventre.  

C'est un peu plus tard en 1964 je crois que j'ai acheté , avec les sous de ma tirelire, une autre tourterelle mais cette fois une femelle de couleur fauve pour la loger avec ce second mâle beige dans une plus grande cage, achetée elle aussi pour cette occasion.  

 

Très vite, l'accouplement s'affirmera, puis la première ponte, puis l'éclosion des 2 tourtereaux que je découvrirai avec la plus grande fascination, notamment au moment du nourrissage par régurgitation par les parents .

Et puis, les petits grandissent, la cage devient trop étroite, il faut alors trouver une autre cage ou se débarrasser des jeunes, bref ! ce à quoi tout éleveur d'oiseaux est toujours confronté. De toutes façons, je ne pouvais trop m'étendre dans un quelconque élevage car chez nous, la place manquait mais ça me frustrait que de ne pouvoir m'affirmer dans cette passion.

 

Certes, vers l'age de 16/18 ans je délaisserai quelque temps ce loisir car plus attiré par les copains et surtout les "colombes" de collèges.

J'attendrai de me "caser", justement avec une de ces "colombes" en 1972, pour recommencé l'élevage des tourterellesmais cette fois pour de bon, comme pour satisfaire ce qui, pendant mon enfance, m'avait été limité faute de place.

Ainsi, en cette nouvelle habitation dotée d'un jardin et de plusieurs cagibis, j'élèverai, non seulement des tourterellesmais bien d'autres oiseaux ainsi que des chiens, des chats et autres mammifères.  

 

Malgré les différentes espèces d'oiseaux que je possédais :  Canaris, perruches, cailles, petites colombes, paddas, mandarins, j'en revenais toujours à mes sacrées Tourterelles Rieuses. Et puis c'est en cette période que les TourterellesTurques sont apparues abondamment en Bretagne, elle qui auparavant, n'existait pas chez nous, ce qui m'excitait car je cherchais à en attraper, juste pour tenté des accouplements avec mes Rieuses. Très vite, je délaisserai cette autre espèce venue nous envahir, lorsque je découvrirai sa sauvagerie extrême en captivité y comprit les petits nés sous des Rieuses. 

 

Je me contentais alors, seul dans mon coin, d'élever mes chères Tourterelles Rieuses beiges et blanches, conscient d'être isolé par rapport aux autres éleveurs d'oiseaux dont les couleurs étaient bien plus chatoyantes que mes humblestourterelles. Je ne pouvais donc rien partager avec eux qui ne voyaient aucun intérêt à s'intéresser à la TourterelleDomestique y compris avec les éleveurs de pigeons qui s'en détournaient eux aussi.

 

Du coup, je n'osais appartenir à aucune société ornithologique, pas plus que colombophile pour ne pas dévoiler à quiconque ma préférence pour les tourterelles car j'avais l'impression de déranger et d'être ridiculisé. Je sentais bien qu'on me rejetait, d'autant que je ne connaissais personne d'autre qui soit passionné comme moi par ces oiseaux, ce qui m'aurait conforté. 

 

Certes, on peut comprendre cette attitude de refoulement, voire même de dédain à l'égard de la Tourterelle Domestique car il faut bien reconnaître que pendant des siècles, depuis sa domestication probablement sous la Rome Antique, cet oiseau n'a pas évolué génétiquement comme son cousin le pigeon et bien sûr comme les canaris, les perruches ou les exotiques en tous genres.

Quel intérêt au fond, que d'élever ces columbidés si ce n'est que de reproduire toujours la même couleur, soit beige, soit blanc.

 

Et puis ce roucoulement monotone, répétitif sans aucune variante au point de devenir casse-tête, insupportable est probablement l'autre cause de rejet, je dirais même de mépris à l'égard de cet oiseau, pourtant si docile et si familier. C'est d'ailleurs cette docilité inégalable par rapport aux autres oiseaux d'élevage qui en font l'animal de compagnie par excellence. On peut donc considérer que les possesseurs de Tourterelles recherchaient avec elles, plus une relation affective, qu'une recherche sélective pour des concours de standards. Un peu comme on aime son corniaud de chien ou son chat de gouttière, on aime ses tourterelles.

 

Cela dit, je me suis toujours posé la question à savoir pourquoi cet oiseau, domestiqué bien avant la canari ou la perruche, soit environ 2000 ans avant eux, n'est jamais été modifié génétiquement, d'autant que le pigeon, sont proche cousin, l'a été très largement. Je ne comprenais pas cette "carence", jusqu'au jour . . .

 

C'était en 1989 lorsqu'à ma plus grande surprise, j'apprends par je ne sais qui, qu'un certain Monsieur Bouguet, résidant dans le Finistère, spécialiste des columbidés, élevait toutes les espèces de pigeons, de colombes et de tourterelles de la planète. Je m'empresse évidemment de le contacter puis je me rends sans attendre chez lui, tant je bouillais d'impatience.


Il me fait visiter son parc avec des allées gravillonnées ou je découvre ses volières réparties sur quelques hectares. Chaque volière, dotée d'une fontaine avec un faible jet d'eau, abrite une espèce différente, jamais mélangée avec une autre. Des oiseaux de toutes couleurs, des columbidés, rien que des columbidés, originaires des 5 continents. Je m'y intéresse forcément, je m'y attarde, je  découvre tous ces pigeons, toutes ces colombes, toutes ces tourterelles exotiques multicolores qui m'épatent évidemment. Cependant, le but de ma visite chez cet éleveur est tout autre. Ce qui m'intéresse c'est de voir les Tourterelles Rieuses et je boue de plus en plus d'impatience, lorsqu'au cours de notre visite. . . me voilàsoudain devant la volière tant attendue, celle des Rieuses, et là. . . Je reste estomaqué. Outre bien sûr la beige ordinaire et la blanche, je découvre fasciné, notre Tourterelle en de nombreux coloris, y compris dans sa couleur brun foncé du type sauvage africain que je n'avais encore jamais vue. Je suis complètement subjugué aussi par les panachées. Voilà que comme les pigeons, notre Tourterelle est tacheté. Je n'en reviens pas. 

 

Je ressens alors comme une satisfaction, je dirais même un soulagement, à l'idée qu'enfin, notre humble Tourterellepuisse désormais se présenter en autant de variantes et qu'elle pourras donc tenir une place de choix auprès d'autres oiseaux lors des expositions et des concours.

 

Ce fut pour moi une journée mémorable. Bien entendu, j'achèterai à ce Monsieur un couple de brunes foncées, une panachée brune, et 2 saumonées.

 

C'est d'ailleurs en cette période que j'apprends l'existence du CFTR :  Club Français de la Tourterelle Rieuse, auquel je ne tarderai pas d'adhérer.

 

Enfin! enfin! je n'était plus seul et complexé avec mes tourterelles.

 

A présent la Tourterelle Rieuse attire de plus en plus de passionnés, probablement parce que désormais elle se présente dans une cinquantaine de mutations différentes et peux donc rivaliser avec n'importe quelle autre espèce.

 

Quant à moi, curieusement, c'est à n'y rien comprendre, malgré ces nombreuses variétés, ma préférence revient à celles que j'ai toujours possédées, les beiges et les blanches, auxquelles s'ajoute désormais les brunes sauvages que je trouve magnifiques.

 

Yvon Gautier.

 

( Voir mes articles sur WIKIPÉDIA en cliquant  "Discussion colombe" ou encore "Tourterelle Domestique ou TourterelleRieuse" )

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